Position du clergé

Affiche de la pièce de théâtre Charbonneau et le chef
Deux géants de l’autorité s’affrontèrent lors de la grève de 1949, soient le clergé et l’état. En effet, Mgr Joseph Charbonneau archevêque de Montréal et M. Maurice Duplessis, premier ministre de la province de Québec, se firent une lutte acharnée pour asseoir leur autorité et orienter le déroulement de cette grève. D’une part, l’Église défendait le modèle communautaire, ses fidèles ouailles, dont la majorité se tournait vers elle pour décider leur ligne de conduite. D’autre part, l’état assurait l’équilibre de la société industrielle capitaliste car les compagnies minières avaient un poids très lourd sur les élus en poste. Chacun s’était fixé des priorités et travaillait à les imposer, ce fut donc une lutte à finir. La forte alliance qui existait auparavant entre l’Église, l’État et le patronat québécois venait d’être brisée.
La pièce de théâtre «Charbonneau et le chef», présenté chez Duceppe, relate très bien l'affrontememnt du clergé et de l'état

L'abbé Henri MassonÀ l’époque, chacun des syndicats en place avait son aumônier qui avait la responsabilité d’assister à chacune des rencontres syndicales, de faire connaître la position des hautes instances supérieures du clergé et d’appuyer les ouvriers. Lors de cette fameuse grève, il était donc normal que les aumôniers suivent et encouragent les grévistes. Mgr Charles-Omer Garant, évêque de Québec, demanda à l’abbé Henri Masson, de réunir tous les curés de Thetford Mines et de les engager à faire un prône sympathique envers les grévistes.

De son côté, le 23 mars 1949, l’abbé Joseph Camirand, curé de la paroisse Saint-Aimé d’Asbestos, déclarait : «Les mineurs d’Asbestos, que je connais bien car je suis leur aumônier syndical, ont été et sont encore patients et dociles à l’extrême. Ils ne se sont pas temporairement privés de leur gagne-pain et de celui de leurs enfants pour le plaisir de la chose, mais ils y ont été forcés par d’inqualifiables tactiques provocatrices. Et si j’étais mineur, je serais moi-même en grève et, dans les circonstances, j’aurais la conscience parfaitement tranquille».

Mgr Joseph CharbonneauLe 1er mai 1949, dans son sermon dominical, Mgr Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal et président de la Commission épiscopale des questions sociales, prenait position pour les travailleurs. «La classe ouvrière est victime d’une conspiration qui veut son écrasement et, quand il y a conspiration pour écraser la classe ouvrière, c’est le devoir de l’Église d’intervenir. Nous voulons la paix sociale, mais nous ne voulons pas l’écrasement de la classe ouvrière. Nous nous attachons plus à l’homme qu’au capital. Voilà pourquoi le clergé a décidé d’intervenir. Il veut faire respecter la justice et la charité et il désire que l’on cesse d’accorder plus d’attention aux intérêts d’argent qu’à l’élément humain ».

De plus, pour venir en aide aux familles des grévistes, le clergé à travers le Québec organisait une quête spéciale aux portes des églises.

Conséquences

Pape Pie XIILes membres du clergé ayant appuyé les grévistes ont parfois payé cher leur décision. Mgr Joseph Charbonneau, fut déposé par le Pape Pie XII, sur la demande conjointe des autorités américaines et de Maurice Duplessis. Il fut exilé à Victoria en Colombie Britannique. Plusieurs prêtres ayant pris position dans cette grève, quittaient l'Université de Montréal ainsi que l'Université Laval. De plus, de nombreux aumôniers syndicaux seront mutés.

Comme le journal le Devoir était la propriété de l'archevêque de Montréal, le futur archevêque remplaçant Mgr Charbonneau, verra à changer la ligne politique du journal, l’orientant vers le pro-duplessis et le pro-américian.

La doctrine sociale de l'Église en rapport avec la grève se retrouve dans trois encycliques.