Position du gouvernement

Maurice Duplessis
Dès le début de la grève et tout au long de son déroulement, les grévistes et les syndicalistes ont dû subir une politique d’intimidation et de provocations.


Maurice Duplessis, premier ministre de la province de Québec, retire l’accréditation des syndicats de façon illégale. Les unions syndicales qui ont perdu leur certification sont : Le Syndicat National de l’amianteAntonio Barette d’Asbestos qui représente les ouvriers de la Canadian Johns Manville Co Ltd, le Syndicat National Catholique des travailleurs de l’amiante qui représente les ouvriers de la Flinkote Mines Ltd, Johnson’s Co à Thetford Mines et à Black Lake, le Syndicat des Travailleurs de l’amiante qui représente les ouvriers de l’Asbestos Corporation Ltd. À plusieurs reprises M. Duplessis et son ministre du travail M. Antonio Barette dénigrèrent les ouvriers des mines d’amiante. « Si l’amiantose et la silicose sont des maladies dangereuses et pénibles, il y a une autre maladie plus dangereuse ‘’ la fielentose’’ cela fait disparaître le cœur, le cerveau et les yeux. Nous allons la faire disparaître ».

Source: Le Progrès de Thetford Mines, 18 mars 1949.


Intervention des policiers

L’intervention policière fut différente selon qu’elle s’est déroulée à Asbestos ou à Thetford Mines. Pourtant, les policiers avaient à surveiller le même type de gréviste, des mineurs, qui défendaient une même cause, leur contrat de travail dans les mines d’amiante.

À Thetford Mines, trois agents de la sécurité n'ont eu aucune difficulté avec les 2,500 grévistes et ce pendant les quatre mois et demi de grève. Ceux-ci se réunirent souvent pour se maintenir au courant de l’évolution des négociations, pour décider de leur marche à suivre et pour poser des gestes concrets. De plus, depuis le début de la grève, le chef de police avait demandé aux épiciers licenciés de ne pas vendre de bière pendant la durée de la grève pour éviter les ennuis. Les épiciers licenciés de la ville avaient accédé à leur demande. La seule fois où les grévistes de Thetford Mines eurent maille à partir avec la justice fut lors de cette fameuse journée du 6 mai 1949, alors qu’ils avaient décidé d’aller appuyer leurs confrères d’Asbestos.

Policiers à Asbestos
À Asbestos, ce fut l’arrivée de centaines de policiers provinciaux armés qui mirent la poudre au feu. Après la lecture de l’Acte d’émeute, plus rien ne les a retenu et ils passèrent à l’acte. Ils étaient là pour protéger les biens de la compagnie minière et aider la police locale dans leur travail. Cependant, le but inavoué de ces maîtres de l’ordre, était de briser cette grève et par le fait même de mater ces grévistes et leur syndicat. La police provinciale s'était mise au service de la Compagnie. Elle se fit même un devoir d'escorter les briseurs de grève (scabs) à leur travail.
Policiers à Asbestos, mai 1949.
SAHRA - Fonds Syndicat des travailleurs de la Société Asbestos Limitée (CSN)

Le reproche général qui a émergé de leur travail, mettait à jour leur brutalité. Ils ont utilisé les bombes lacrymogènes, le pistolet, la mitraillette et la menace provocatrice. Ils opérèrent des arrestations massives. Ils amenaient sans mandat quiconque étaient jugé potentiellement menaçant. Ils ont intimidé, menacé et frappé des ouvriers. Plusieurs furent maltraités (coups de poing, coups avec instruments contondants…) dans le but de leur extorquer des déclarations. Les ouvriers gravement blessés furent transportés à l’hôpital de la Canadian Johns Manville Ltd où le personnel (Dr Cooper, Dr Smith…) examinait les victimes. D'autres furent transportés aux prisons communes de Sherbrooke et de Montréal. Les grévistes furent isolés pendant près de deux jours et privés de voir leur avocat. Certains furent forcés de signer des déclarations dont ils ignoraient la teneur ou qu’ils savaient fausses parce qu’ils craignaient pour leur vie.

Laurent BernatchezVoici donc un exemple frappant. Un jeune mineur de Thetford Mines, Laurent Bernatchez âgé de 20 ans, était venu avec ses compagnons de travail encouragé les grévistes d’Asbestos. Lors des troubles, il s’était réfugié à l’église d’Asbestos. C’est à la sortie de l’église, qu’il fut assailli par les policiers. Mesurant 5 pieds 2 pouces et pesant 115 livres, il dut se mesurer sans raison apparente que celle d’être au mauvais endroit au mauvais moment, à un policier de 6 pieds 3 pouces et pesant 220 livres. Il fut matraqué, reçu des coups de pieds, coup de poing… il va sans dire que le policier frappait avec enthousiaste…Arrêté, menotté, il fut incarcéré simplement parce qu’il se trouvait là. D’ailleurs suite à son procès, aucune charge ne fut retenue contre lui.

Mentionnons enfin que sur 120 jours de grève, il n’y eut que 3 jours de piquetage. Le reste de la grève s'est déroulée sans aucune surveillance des propriétés des compagnies. Le piquetage était réglementé par le code criminel tandis que la grève était réglementée par la Loi des Relations Ouvrières. Donc, la grève pouvait être légale et le piquetage illégal et vice-versa. Comme l'on a considéré que la grève était illégale, la police ne pouvait s'autoriser d'éliminer les lignes de piquetage légal. Tout compte fait, cette journée ne fut guère propice à montrer une belle image de la justice policière. Cette façon d’agir ne put qu’envenimer la situation à Asbestos et provoquer des réactions agressives de la part des grévistes.

Voiture renversée par les grévistes

À Asbestos, dans la nuit du 6 mai 1949, la voiture du détective Ubald Therrien,
de la police provinciale, a été renversée par les grévistes.
SAHRA - Fonds Syndicat des travailleurs de la Société Asbestos Limitée (CSN)